La Prière

Toujours sur la route de Pâques, nous continuons à cheminer vers le 4ème dimanche de carême en préparant notre cœur ensemble à cet avènement. Nous avons parlé la semaine dernière de l’aumône, cette semaine nous allons nous intéresser à un autre pilier du carême, la prière. La prière est universelle et commune à toutes les religions, même si sa pratique diffère en fonction de celles-ci. Au-delà du carême, la prière est un pilier de notre foi et de nos pratiques religieuses, un recours que nous utilisons de façon implicite et régulière dans tous les instants de nos vies.

Dans sa définition la plus simple, la prière est l’action de parler avec Dieu. Mais la prière est une action beaucoup plus subtile et multiple, que l’on utilise de façon régulière et intrinsèque dans nos vies et nos routines. De façon plus large, prier c’est adresser, aller trouver ou avoir recours ; c’est invoquer, appeler à son secours ; c’est supplier, implorer, prier avec insistance ; c’est intercéder, intervenir en faveur de quelqu’un ; c’est intervenir, prendre part à une action ou jouer un rôle. La prière au sens large est donc un recours utilisé bien au-delà de la religion, un geste, une action inconsciente, une habitude.

La prière, souvent appelée l’arme du chrétien, ou encore la respiration de l’enfant de Dieu et de l’église de Jésus Christ, est une manifestation de la puissance de Dieu, « elle sait toucher le cœur de Dieu et fait agir son bras ». C’est un moyen de communication qui nous met en ligne directe avec le créateur de l’univers, un échange qui renforce le lien entre l’homme et Dieu. La prière entretient l’amitié de l’homme avec son Dieu, comme deux amis qui s’aiment. La prière élève l’âme, nous met en relation avec Dieu. La prière est un cri du cœur, si nous savons parler, alors nous savons prier.

La prière catholique revêt 4 finalités : Adorer, remercier, demander des grâces, demander pardon.

Le premier but de la prière catholique et l’adoration : tout chrétien, lorsqu’il se met à prier reconnait la grandeur et la bonté de Dieu, à qui il doit la vie et dont il est dépendant pour cheminer. L’adoration est une attitude de respect et d’amour du chrétien.

Le deuxième but de la prière est de remercier : remercier Dieu de tout ce qu’il fait pour l’homme, le remercier de ce que l’on a, reconnaitre son don et ses bienfaits avant de demander, pratiquer des actions de grâce.

Le troisième but de la prière est de demander des grâces : le chrétien demande des grâces à Dieu et se sent souvent peu exaucé. La demande est souvent démesuré et inadapté et ne correspond pas à son salut et à ce que Dieu veut de lui.

Le quatrième but de la prière est de demander pardon : demander pardon pour ses péchés, demander la miséricorde de Dieu. C’est un acte d’humilité par lequel l’homme reconnait sa petitesse devant Dieu. Le chrétien peut alors demander le sacrement de réconciliation à un prêtre.

Nous pouvons demander des grâces à Dieu pour avancer chaque jour, mais il est bon d’avoir aussi un temps d’adoration, de louanges, d’expression de notre amour et d’actions de grâce. La prière est un besoin pour tous mais aussi une manière de se ressourcer. L’essentiel reste la communion avec notre Père dans la prière. Il y a la vie de prières à l’église et la vie de prières personnelles, elles vont de pairs, sont indissociables et complémentaires. Quelquefois, nous sommes dans l’hyperactivité par nos actions ou nos dons pour des associations, cela est bien mais laisse peu de temps pour la prière. Quelque soient nos emplois du temps surchargés par le travail, la famille, nos activités, il est indispensable et vital de savoir prendre du temps pour la prière. La prière peut être vocale ou mentale. La prière mentale, la méditation est un exercice d’introspection et d’humilité qui permet de se ressourcer, une prière silencieuse, un recueillement. Si dans la vie d’un religieux il y a des horaires de prières, dans nos vies la prière est adaptable : nous pouvons prier le matin, le soir, avant et après les repas, avant le travail, pour dire merci, lorsque nous nous sentons en danger ou en proie aux tentations. Il nous faut être humbles et persévérants pour accueillir Dieu en nous et établir ce lien avec lui. Par la bible Dieu parle aux hommes, par la prière, les hommes peuvent parler à Dieu. C’est la certitude d’être écouté, notre foi, qui donne vie à nos prières.

La prière est une chose étonnante et mystérieuse à la fois. Elle ouvre la porte sur un autre royaume. Elle est accessible à tous et est gratifiante et rassérénante. Elle fortifie notre foi et donc notre volonté. A nous donc de savoir se dégager du temps pour prier, action gratuite et bienfaisante pour nos corps , nos esprits et nos âmes. Profitons de ce temps de carême pour retrouver en nous la capacité d’accueillir Dieu et reconnaitre la chance que nous avons qu’il nous habite et nous aime.

L’aumône

Sur la route de Pâques, nous avançons vers notre 3eme dimanche de carême en nous efforçant de nous recentrer sur l’essentiel et de modifier nos modes de vie pour préparer notre cœur à l’avènement de Pâques. Nous allons cette semaine nous intéresser à un des piliers du carême, l’aumône. Ce mot n’est pas un mot que l’on utilise beaucoup dans nos vies de tous les jours et nous ramène souvent plus au côté péjoratif de misère et de pauvreté plutôt qu’au côté positif de la notion de don.

Par définition, l’aumône est un don en général de faible valeur que l’on fait à celui qui est dans la misère pour l’assister. De façon plus large et figuré, c’est une faveur accordée par charité ou commisération à une personne, une collectivité, parfois un animal ou un inanimé personnifié, par une personne, une collectivité ou un inanimé personnifié. Faire l’aumône est une expression qui fait référence aux dons faits aux pauvres par charité sans rien attendre en retour ou en contrepartie.

Dans la plupart des religions, l’aumône est considérée comme une offrande à Dieu. Elle sert à libérer celui qui l’offre du pêché et à compenser ses mauvaises actions de façon à ne pas souffrir des remords de conscience. On parle d’aumône continue lorsqu’il est question d’investissement dans un projet caritatif qui continue à produire des résultats même après la mort de la personne qui l’a mis en place.

L’aumône représente le 3ème pilier du carême avec le jeune et la prière. Les 40 jours du carême sont l’occasion de se reconnecter à notre foi et de faire vivre au quotidien l’amour de Dieu. Le terme aumône vient du grec eleèo (j’ai compassion) et de sa dérive latine elemosinal (miséricorde, pitié). L’aumône est un acte de compassion qui vise à venir en aide aux nécessiteux. Déjà considérée comme un pilier central de la tradition juive, l’importance de l’aumône est réactualisée dans les enseignements du Christ. Dans le sermon sur la montagne, Jésus délivre son enseignement sur les piliers du carême et commence par celui de l’aumône. (Mt 6, 1-4)

« gardez vous bien de faire des dons devant des hommes pour qu’ils vous regardent ; sinon, vous n’aurez pas de récompense auprès devant votre Père céleste. Donc, lorsque tu fais un don à quelqu’un, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues afin de recevoir la gloire qui vient des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais toi quand tu fais un don, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton don se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret te le rendra. »

Jésus insiste sur la dimension intime du don de soi aux plus démunis, avec lequel il s’identifie. Il ne s’agit pas dans l’aumône de donner en échange d’une certaine reconnaissance sociale mais bien de se donner tout entier, comme Dieu a donné la vie et son propre fils pour l’humanité.

L’aumône est un moyen pour nous de manifester la charité chrétienne, c’est une manifestation matérielle de l’amour du prochain, une action qui nous ouvre à l’autre, un geste d’amour qui vient du cœur et nous incite à prendre soin d’autrui.  Nous sommes tous sollicités chaque jour par des demandes multiples de dons et croisons tous les jours des personnes dans le besoin, souvent à la même place, sur notre trajet , à un tel point qu’on ne les voit même plus. Nous donnons souvent de façon mensuelle à des associations, par facilité, pour nous donner bonne conscience, sans plus même y penser. Cela nous permet d’ôter le coté péjoratif de la notion d’aumône, en nous apportant un côté rassurant et déculpabilisant. Mais cet automatisme nous éloigne en même temps de la spontanéité du geste de don et du bénéfice d’amour que cela apporte. Il n’y a pas de petits dons, pas de notion de valeur dans le geste d’aumône. Durant ce carême, il est important de simplement retrouver la pureté de nos cœurs. Dieu nous aime inconditionnellement et la vie du Christ est un modèle pour donner et aimer notre prochain. Soyons fidèles à l’amour de Dieu en nous mettant un peu plus au service des autres. Essayons de dégager de notre temps si précieux, pour nous, pour Dieu et pour autrui. Soyons plus prompts à offrir à notre prochain un sourire, une écoute attentive, un regard bienveillant, du temps, un geste de tendresse, pour montrer à son prochain qu’il est digne d’être aimé. Semons autour de nous la bienveillance, la paix, la fraternité et l’amitié sociale. En résumé, ouvrons notre cœur de façon plus spontanée et intense pour nous préparer à Pâques et accueillir les bienfaits d’amour du don et du partage.