Reconnaissance

Cette semaine nous continuons notre cheminement spirituel avec un mot choisi dans la liste des termes proposés : reconnaissance. Voilà un mot dont la multiplicité des sens illustre parfaitement la complexité de notre belle langue française. En effet, le mot reconnaissance évoque un panel de ressentis divers allant de l’austérité à la bienfaisance en fonction des domaines dans lequel il est utilisé.

Par définition, au sens le plus large, la reconnaissance est l’action de reconnaitre comme sien, comme vrai, réel ou légitime. Mais beaucoup de nuances et d’autres significations existent pour ce mot. Dans le domaine du droit, la reconnaissance est un acte par lequel on admet l’existence d’une obligation (reconnaissance de dettes) ; un acte par lequel un Etat reconnait un gouvernement ou un nouvel Etat comme légal ; action d’admettre que l’on est l’auteur d’un acte ; acte par lequel un homme reconnait officiellement être le père d’un enfant (reconnaissance d’enfant) ; acte administratif permettant à une association, à une fondation…d’avoir une capacité juridique élargie ( reconnaissance d’utilité publique). Dans le domaine militaire, la reconnaissance est l’exploration d’un lieu, la mission de recherche de renseignements sur le terrain ou sur l’ennemi. Dans le domaine informatique, la reconnaissance est une technique d’analyse de données permettant des avancées technologiques telles que la reconnaissance faciale, vocale ….

Ces définitions concrètes et spécifiques à des domaines particuliers sont intéressantes pour bien se rendre compte des sens multiples du mot reconnaissance, mais ne sont pas sujettes à réflexion. C’est donc sur d’autres sens du mot reconnaissance que va se porter notre attention, des sens moins formels et plus proches du sentiment. La reconnaissance est aussi un sentiment d’être redevable d’un bienfait reçu, l’action d’avouer, de reconnaitre un de ses actes, quelque chose, qui peut faire l’objet de reproches, un témoignage d’estime ou de satisfaction, ou le fait d’identifier une chose déjà connue. Nous le voyons, la reconnaissance au sens qui nous intéresse est plus de l’ordre de l’affect et du mental, voire du spirituel.

La reconnaissance est une appréciation accompagnée d’un sentiment de contentement pour la personne qui la reçoit. Elle apporte des bienfaits générateurs de motivations, notamment dans le monde du travail. La reconnaissance du travail accompli, quelque soit son niveau d’emploi a des répercussions positives sur la santé physique et mentale et entraine une dynamique positive, productive et satisfaisante pour l’employeur et l’employé. La reconnaissance permet de souligner l’importance à nos yeux de ce que nous avons reçu, tel un don puisqu’il n’y a aucune obligation chez les personnes qui l’ont manifestée. Être reconnaissant, avoir de la reconnaissance, c’est en premier lieu accepter d’avoir reçu de l’aide, d’avoir suscité de l’intérêt et d’exister aux yeux de quelqu’un. Cela peut paraitre évident, mais nécessite une introspection pour atteindre une acceptation de ses failles et faiblesses ayant provoqué le bienfait. La reconnaissance nous fait ressentir de plus grands bonheurs et de plus grandes satisfactions et nous devons la pratiquer en cultivant la gratitude de nos cœurs.

La reconnaissance est aussi et surtout un thème biblique très important. Il n’existe pas moins de 15 versets bibliques comportant le terme de reconnaissance, ainsi que des prières, comme le « je confesse Dieu » où il est dit « je reconnais devant mes frères que j’ai péché …. »  Grâce à la reconnaissance, nous devenons spirituellement conscients de la merveille des choses les plus simples et les plus petites, et cette gratitude remplit nos cœurs de joie et d’amour de Dieu. Le témoignage de la reconnaissance envers Dieu se traduit en actions de grâces en reconnaissant ses bienfaits et en le remerciant.

Il est étonnant de voir comme un simple mot nous à fait réfléchir et voyager à travers des domaines différents, en partant d’une impression d’austérité pour finalement parvenir à un sentiment de réjouissance empreint d’amour de Dieu.

La reconnaissance est facile à pratiquer dans nos vies par des petits gestes du quotidien. Si nous ouvrons nos cœurs à autrui, nous serons capables de voir et d’apprécier les bienfaits reçus, et donc de manifester de façon implicite la gratitude et la reconnaissance qui mettra en valeur l’autre, et amènera une satisfaction bienfaisante réciproque.

Et bien sûr, la plus belle manifestation de notre reconnaissance à Dieu est la prière. Malgré les difficultés et les épreuves, exprimer sa reconnaissance à Dieu de toutes les choses que l’on vit, de l’amour que l’on reçoit et que l’on peut donner, de la force ressentie à travers les épreuves, de la foi qui nous aide et nous porte parfois. Le Seigneur veut que nous soyons reconnaissants dans tout ce que nous faisons et disons. Lorsque nous sommes reconnaissants, nous sommes plus forts, nous ressentons une plus grande estime de nous-même, un plus grand bonheur et une grande satisfaction.

La bienveillance

C’est la foi renforcée par l’avènement de pâques que nous venons de célébrer, que nous continuons ensemble notre chemin spirituel. Nous allons cette semaine réfléchir à un mot proposé, la bienveillance. Un joli mot empreint de positivité et de douceur, qui semble simple et évident mais qui est parfois loin de nos préoccupations et de nos routines. La bienveillance est pourtant à notre portée à tous, et profitons de l’espérance et de la joie que la fête de pâques nous a apporté pour la mettre en pratique, illuminer nos vies et sublimer nos relations avec autrui.

Par définition, la bienveillance est une disposition d’esprit inclinant à la compréhension et à l’indulgence envers autrui. C’est la capacité à se montrer indulgent, gentil et attentionné envers autrui d’une manière désintéressée et compréhensive. De façon étymologique la bienveillance est issue du latin « Benevolens » qui se traduit par vouloir du bien. Plus anciennement encore, dans l’ancien testament, il vient du mot Hébreu « Hesed » qui comprend aussi le sens de fidélité, grâce, riche en bonté, compatissant. Il représente alors dans ce contexte la façon d’être de Dieu avec son peuple.

Bien que souvent confondus, la bienveillance se distingue de l’empathie, même si les deux concepts sont intimement liés. L’empathie se définit par la capacité de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. Même si les deux termes désignent une capacité à s’ouvrir à l’autre, et que les deux sont souvent employés pour désigner une même personne, ils sont tout de même différents. En effet, une personne empathique n’est pas nécessairement bienveillante. La bienveillance est une attitude positive, une démarche de bonté envers autrui, une vertu qui découle de l’empathie. La bienveillance est une volonté de prendre soin des autres, de prévenance et d’écoute de leurs besoins. Elle nécessite d’user de gentillesse et de douceur en mettant de côté les jugements pour une relation plus vraie et respectueuse.

Si l’on regarde les enfants interagir sans intervenir, on peut se rendre compte qu’ils sont naturellement bienveillants et empathiques. L’évolution et le développement de cette capacité innée, va ensuite dépendre des comportements éducatifs des adultes responsables. Car la bienveillance s’entretient, c’est un état d’esprit qui nécessite une vigilance de tous les instants et dans toutes les situations de nos vies. Dans le couple, la bienveillance est le ciment d’un amour durable et elle transcende la relation. Savoir être à l’écoute de l’autre pour entendre ses besoins et mieux vivre avec sans forcément les comprendre et y adhérer demande une ouverture d’esprit qui se travaille. Ce n’est pas simplement de la gentillesse et va bien au-delà, car la gentillesse est souvent juste une façon de faire plaisir à l’autre mais sans rechercher forcément son bien être véritable. Elle diffère aussi de l’amitié car elle ne demande pas forcément de réciprocité, mais elle est souvent la base d’une amitié car indispensable à l’accueil de toute personne rencontrée. La bienveillance diffère aussi de la compassion qui nous rend sensibles aux malheurs de l’autre, mais elle est forcément aussi présente pour entrer en compassion et nous rendre attentifs à ce que vit l’autre.

La pandémie et les précautions sanitaires qu’elle a entrainées ainsi que les confinements, ont provoqué des conséquences négatives sur nos vies qui nous ont éloignés de la bienveillance. Une tendance au repli sur soi et à un comportement d’isolement a été démontré. Or, la bienveillance s’entretient et demande une réflexion intime et indispensable. Pour être bienveillant envers les autres, il faut tout d’abord être bienveillant avec soi. Il faut être à l’écoute de ses propres émotions, les accepter et les contenir en acceptant d’être imparfaite et pas toujours dans le juste comportement. Lorsque nous sommes bons et bienveillants, le circuit de la récompense de notre cerveau se met en marche, il nous apporte une satisfaction qui nous apporte un sentiment de plénitude et donc rend plus efficiente l’ouverture de notre cœur et l’harmonie avec autrui. La bienveillance avec soi est donc une base à travailler, développer et entretenir pour avoir une meilleure relation avec les autres et mieux interagir ensemble dans toutes les situations de nos vies, en société, en famille ou dans notre milieu professionnel.

La bienveillance conduit chacun de nous à des actes de bonté. Penser et agir de façon bienveillante est un état d’esprit satisfaisant, une interaction bienfaisante, sans préjugé qui n’enferme pas l’autre et le reconnait et l’accepte avec ses différences.

Finalement, la bienveillance trouve sa source en Dieu. Elle nous donne l’opportunité de voir l’autre autrement, d’emprunter le regard de Dieu en regardant son prochain. Jésus était bienveillant envers les malades, les plus démunis, les pêcheurs, une bienveillance miséricordieuse et rédemptrice qui l’a mené jusqu’à la croix. Dieu nous fait ouvrir les yeux du cœur et nous guide vers un esprit charitable et serviable. La bienveillance est le fruit de l’esprit de Dieu dans notre cœur, une ouverture de cœur qui nous rend disponibles et indulgents, enclins au pardon.

Un seul acte de bienveillance peut faire énormément pour rassurer ou réconforter quelqu’un. La bienveillance , c’est de la bonté qui s’applique à toutes nos relations de façon concrète en nous incitant à voir ce qu’il y a de bon en l’autre et en agissant pour son bien en toutes circonstances. C’est un engagement envers notre prochain, un sentiment qui est en nous et qui doit être entretenu et soigné pour être efficace. Les deux protagonistes de la bienveillance, la personne qui en est l’objet et celle qui la prodigue en ressortent enrichies. Alors, en ces temps difficiles, la bienveillance est de rigueur, elle doit être présente et se manifester en toutes occasions. La bienveillance fait du bien et n’apporte que du bien. Nous sommes tous capables de cultiver la bienveillance. Agir avec bienveillance ce n’est pas juste accomplir de bonnes actions de temps en temps, c’est plus profond que cela. Soyons reconnaissants de la bonté de Dieu et respectueux de son sacrifice, en faisant de la bienveillance notre mode de vie, en agissant pour autrui ce que nous aimerions qu’ils fassent pour nous. Être bienveillants, même envers ceux qui ne nous sont pas proches, voire parfois opposés, peut toucher leur cœur et les aider à se montrer bienveillants à leur tour par reconnaissance. Profitons de la lumière de pâques pour magnifier nos vies en usant et abusant de la bienveillance comme notre Dieu nous en a donné l’exemple.