Joyeuses fêtes de Pâques

Nous y sommes, c’est Pâques et nous achevons le chemin de ce carême que nous avons effectué ensemble. Nous avons réfléchi pendant ce temps sur les notions d’aumône, d’amour du prochain, de prière, de pardon et d’espérance. C’est donc à notre petit niveau un chemin rédempteur que nous avons tous parcouru, guidés par l’espérance de la lumière de Pâques. Mais pour comprendre cette quête qui nous anime, un peu d’histoire pour resituer cet avènement et les différents symboles qui l’accompagnent.
Pâques est la fête la plus importante du christianisme. Elle commémore la résurrection de Jésus, que le Nouveau Testament situe le surlendemain de la Passion, c’est-à-dire le « troisième jour ». La solennité, précédée par la semaine sainte, dernière partie du carême, commence dans la nuit qui précède le dimanche de Pâques, par la veillée pascale.
La fête chrétienne de Pâques plonge ses racines dans la Pâque juive (Pessa’h) qui commémore la sortie d’Égypte du peuple hébreu. Pour les chrétiens, qui reconnaissent en Jésus le Messie, Pâques commémore la résurrection de Jésus, trois jours après la Cène (célébrée le Jeudi saint), dernier repas qu’il a pris avec ses disciples le jour de la Pâque juive, la veille de sa Passion (célébrée le dimanche des Rameaux et le Vendredi saint), selon le Nouveau Testament. Par sa mort et sa résurrection, le Christ, fils de Dieu, rachète l’homme et l’extirpe de l’esclavage du mal et du péché (mystère de la rédemption). Le sens de Pâques est la victoire de la vie sur la mort.


La date de Pâques est fixée par le concile de Nicée au premier dimanche après la première pleine lune qui suit le 21 mars. Les Églises occidentales, qui ont adopté le calendrier grégorien, célèbrent souvent Pâques à une date différente de celle des Églises orthodoxes, qui elles se réfèrent toujours au calendrier julien. Le décalage peut aller jusqu’à cinq semaines selon les années.
C’est la grande fête chrétienne, celle que toutes les religions nées de la tradition juive ont fait leur. Et elle nous vient de la nuit des temps, de ces bergers nomades qui profitaient de la première pleine lune du printemps pour faire transhumance en ces pays chauds de leur Moyen-Orient. Pâques, comme pour la Pâque juive, est un moment de renaissance.
Si la fête de Pâques a un sens religieux pour les catholiques et les juifs, Pâques est aussi une fête païenne qui célèbre le printemps et le renouveau. Il y a très longtemps, probablement à la préhistoire, une fête avait lieu au moment de la pleine lune du printemps.
Différents symboles sont associés à paques, qui nous sont familiers mais dont bien souvent nous n’en connaissons pas les origines.
La lumière : il existe depuis longtemps une fête de la lumière, après l’équinoxe de printemps, le dimanche qui suit la pleine lune de printemps. Elle marque la fin du solstice d’hiver et le point à partir duquel le jour devient plus long que la nuit. La lumière est très présente à Pâques pour les chrétiens, qui célèbrent avec le feu Pascal et la procession de la lumière, le Christ sorti des ténèbres.
L’agneau Pascal : synonyme d’innocence et d’obéissance, l’agneau est consommé par les chrétiens à paques en mémoire du sacrifice du Christ « l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde », mourant pour la libération et le salut de l’homme. Ce sacrifice est symbolisé dans l’ancien testament par l’offrande faite par Abraham à la demande de Dieu. Selon la Bible, Abraham fut mis à l’épreuve par Dieu, qui lui demanda de sacrifier son fils, Isaac. Abraham accepta, prouvant ainsi sa soumission à la volonté divine, mais fut arrêté par Dieu qui lui permit de sacrifier un bélier à la place de son fils.
Les fleurs : la pâquerette, petite marguerite annonce le retour du printemps. Le lys blanc est associé à paques par les chrétiens ; selon la légende le lys serait né d’une goutte de lait tombée du sein de la déesse du mariage. Beau et très orgueilleux, le lys se serait incliné pour la première fois devant Jésus crucifié et depuis ce jour, il courbe la tête en signe de respect. Symbole de pureté, d’innocence, il commémore dans la religion chrétienne la résurrection du Christ.


Les cloches : les cloches rythment les événements de la fête de paques. Elles chantent l’hymne du Gloria de la messe du Jeudi Saint et restent ensuite silencieuses jusqu’au Samedi Saint, respectant ainsi le souvenir du Christ mort sur la croix. Elles profitent de ces quelques jours pour se réfugier à Rome, d’où elles reviennent ensuite, laissant tomber sur leur passage des sucreries dans les jardins. Elles carillonnent enfin le dimanche de Pâques pour célébrer le Chris ressuscité.


Le lapin : les cloches ne sont pas les seules à déposer des œufs dans les jardins. Le lièvre ou le lapin sont considérés dans quelques pays comme le messager de paques. Considérés depuis l’antiquité comme le symbole de la fécondité, le lièvre aurait été associé à la fête de paques à partir du 18ème siècle.
Les œufs : symbole de fertilité, de vie, de renaissance, l’œuf est associé à la fête de paques depuis l’antiquité. A cette époque, durant la période de carême, il était interdit de manger des œufs. Les œufs alors pondus par les poules étaient conservés, et, le jour de paques, on les faisait bénir puis on les peignait et enfin on les donnait aux enfants. Apportés selon les légendes populaires par les cloches (France et Belgique), le lapin de paque (Allemagne et USA) ou les poules (Tyrol) les œufs sont aujourd’hui décorés ou utilisés pour les jeux dans de nombreux pays.
Enrichis de ces quelques explications, continuons à nous diriger vers Pâques et apprêtons-nous à accueillir la joie et la lumière de cette magnifique fête. Pâques c’est le message de la vie, (pessa’h = passage, passer par-dessus), du passage de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de la terre à la liberté. Prenons conscience que la vie terrestre n’est qu’un passage, la souffrance et la mort seront vaincus car la vie par le message de paques est victorieuse. Nous célébrons la résurrection, empruntons ce chemin de rédemption vers un renouveau de notre foi, ce chemin de lumière dans nos tunnels quotidiens. Profitons de cette fête d’espérance pour renaitre et renouveler notre foi et notre confiance en Dieu, prendre un nouveau départ dans la foi, l’amour, la bienveillance et la compassion, avec la certitude profonde de vivre éternellement dans la joie et la paix de Dieu.
Alors, forts de cette merveilleuse lumière, passez de bonnes fêtes de paques, en famille ou entre amis, soyez heureux et joyeux pour honorer le sacrifice du Dieu amour.

L’espérance

Toujours sur la route de Paques, nous continuons notre carême et arrivons cette semaine au dimanche des Rameaux, qui précède le dimanche de Pâques et qui marque l’entrée dans la semaine Sainte. Il commémore d’une part l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, ou il fut acclamé par une foule agitant des palmes et déposant des manteaux sur son passage, et d’autre part, la Passion du Christ, sa mort sur la croix et sa mise au tombeau. Par ce dimanche des rameaux, nous entrons dans l’Esperance, par la couleur verte des rameaux, par l’arrivée du printemps, de la fertilité, du renouveau. C’est donc de la notion d’espérance que nous allons parler cette semaine, mot qui faisait d’ailleurs partie des mots proposés.

L’espérance, par définition, est un sentiment de confiance en l’avenir qui porte à attendre avec confiance la réalisation de ce que l’on désire. Dans la bible, l’espérance est l’attente confiante et le désir de recevoir les bénédictions promises pour la justice. Les Ecritures parlent souvent de l’espérance comme de l’attente de la vie éternelle par la foi en Jésus Christ.

L’espérance est souvent confondue avec l’espoir dans nos langages courants et nos routines, mais ils sont cependant différents par de nombreux aspects et dans leurs démonstrations. Ce sont deux façons différentes d’attendre. L’espoir est le fait d’attendre et de désirer quelque chose de meilleur, pour soi ou pour les autres. L’espoir peut être considéré comme une émotion ou une passion. L’espérance, elle, est une confiance pure et désintéressée en l’avenir. Nous avons tous de nombreux espoirs quotidiens pour nos vies et pour la vie, mais l’espérance, elle, est intimement lié à nos croyances et à la foi. L’espérance est une vertu chrétienne qui trouve ses origines dans le judaïsme, par laquelle les croyants attendent de Dieu, avec confiance, sa grâce en ce monde et une vie éternelle après la mort. L’espoir est finalement, de façon implicite, un sentiment plus profane, une croyance en un avenir meilleur, mais sans la lumineuse confiance donnée par la foi. L’espérance est le résultat de la confiance en l’avenir portée par nos croyances. Nous nous en remettons à la grâce de Dieu, en acceptant de nous engager dans l’inconnu, en acceptant de se laisser faire et naitre dans chaque rencontre avec l’autre.

Malgré la richesse de notre langue, il est étonnant de ne trouver qu’un seul verbe, le verbe espérer, pour deux notions si proches et en même temps si différentes : l’espoir et l’espérance. L’espoir est indissociable de la condition humaine : on ne peut vivre sans espérer car nos vies sont composées d’un passé, d’un présent et d’un futur. Nous ne pouvons plus agir sur notre passé même s’il est lourd à porter, le présent nous échappe bien souvent et donc nous reportons sur l’avenir notre besoin de garder l’emprise sur nos vies. Nous le souhaitons meilleur et donc nous agissons dans le présent dans l’espoir d’atteindre nos attentes. Toutes nos frustrations du présent, nous les espérons dans l’avenir et ne pouvons vivre sans cela.

L’histoire est marquée par les violences, les souffrances et les injustices et nous semblons toujours dans l’attente d’une libération, de solutions qui ne semblent jamais venir. Parler d’espérance dans le contexte politique et socio-économique présent parait être une gageure, presque un défi provocateur, une utopie aux yeux d’autrui. Mais l’humain a besoin d’espérance face au marasme de nos vies, ce n’est pas un espoir vers une utopie ou un idéal, c’est un espoir plus concret, plus palpable, plus terre à terre, l’espoir que du positif peut arriver à tout moment. L’espérance c’est aussi notre capacité de faire mentir tous ceux qui voudraient que l’on renonce, que l’on se renferme, que l’on se replie, que l’on ne tente rien, que l’on ne prenne aucun risque et reste dans l’attente de la chance et du hasard. Face à des situations de désespoir et de chaos, l’espérance nait dans le refus de la résignation. Elle ne vient pas de l’extérieur, c’est avant tout un état d’esprit plus ou moins partagé en fonction des situations. L’espérance est liée au sens que nous donnons à la vie, tant que nous espérons, nous gardons une raison de vivre, de se battre. L’espérance du lendemain nous fait réagir en nous arrachant à l’angoisse et à la peur face aux douleurs du monde, elle fleurit dans les souffrances présentes. Il ne s’agit pas d’optimisme béat, c’est prendre sa vie en main et construire avec des actes concrets pour semer et récolter l’espérance, faire preuve d’amour et de compassion au milieu de l’indifférence générale. L’espérance se vit dans l’action : il ne faut pas simplement espérer, mais organiser l’espérance en la traduisant dans la vie concrète de tous les jours par une dynamique dans nos relations humaines, nos engagements sociaux et politiques.

Sur cette route vers paques, empreignons-nous de cette espérance chrétienne salvatrice. La foi ne nous épargne pas et ne nous arrache pas à notre condition d’homme. Elle fait de l’espoir une vertu, un don de Dieu qui devient l’espérance. Vivons l’espérance que nous soyons dans la joie ou le désespoir, Dieu vient à nous en toutes circonstances. L’espérance, souvent associée au marasme et au désespoir, jaillit aussi du cœur joyeux, de celui qui attend la naissance de la vie et qui est dans le pragmatisme de l’amour reçu et donné.

L’espérance est un cap de la vie chrétienne que l’on doit placer au centre de nos vies. Le pape François a dit que « c’est la plus petite des vertus, mais la plus forte »

Nous allons finir cette réflexion hebdomadaire en lui laissant la parole par cette phrase qu’il a déclaré le dimanche des rameaux suivant son élection :

« Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que lui nous accompagne et nous prend sur ses épaules : ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Et s’il vous plaît ! Ne vous laissez pas voler l’espérance ! Ne vous laissez pas voler l’espérance ! Celle que Jésus nous donne. »